Démographie historique des Labelle

 
  1. Introduction & sources statistiques
  2. Île Jésus, berceau des Labelle en Amérique
  3. Première mouvance : Les Seigneuries du nord de Montréal
  4. Deuxième mouvance : vers le Nord - Les Laurentides
  5. Troisième mouvance : vers l’Ouest - l’Outaouais, la Gatineau, le Témiscamingue, l’Ontario et le Manitoba
  6. Quatrième mouvance : vers le Sud – Les États-Unis
  7. Cinquième mouvance : l’urbanisation de Montréal
  8. Les origines: la France
  9. Répartition globale – Le monde
  10. Conclusion générale
  11. Bibliographie

Introduction

Ce court article se veut un essai sur l’histoire démographique des Labelle, particulièrement en Amérique du Nord. Nous y suivrons les migrations successives de ces individus à partir du début de la Nouvelle-France jusqu’à aujourd’hui. Nous y analyserons ces mouvances en relation avec les faits historiques entourant les grands courants de colonisation qui ont marqué le Canada et les États-Unis. Finalement nous étudierons la répartition actuelle des individus Labelle à travers le monde.

De leur berceau initial que constitue l’Île Jésus (aujourd’hui Ville de Laval) les Labelle ont essaimé dans tout le continent nord américain. Cette migration s’est faite en 5 vagues successives ou partiellement synchrones. Dans une première étape ils ont occupé les territoires des seigneuries sises directement au nord de l’Île Jésus et Montréal. Ils ont ensuite participé à la colonisation des Laurentides et de l’Outaouais, ainsi que de l’Ontario. Comme beaucoup de canadiens-français, plusieurs ont recherché des conditions de vie meilleures aux États-Unis. Finalement, suite à l’industrialisation et l’urbanisation massive de la ville de Montréal, un important groupe de Labelle y ont migré.

Un mot à propos des sources statistiques

Une grande partie de cet essai est basée sur l’étude statistique d’une base de données généalogique sur les Labelle que j’ai développée depuis quelques années. Elle contient plus de 11009 individus portant le nom de famille Labelle. On y retrouve les principaux événements associés à la généalogie: naissances, mariages, décès, occupation, résidence, etc. À chacun de ces événements correspond une date et un lieu précis. C’est de ces différents événements que les statistiques ont été compilées pour étoffer cette étude.

Une autre source importante d’informations provient des différents annuaires téléphoniques disponibles sur l’Internet. C’est de ceux-ci que les différentes statistiques sur la répartition actuelle des individus ont été compilées.

Ces sources étant soit incomplètes ou génériques, il faut donc être conscient que les différents chiffres contenus dans l’étude démontrent plutôt des tendances, des courants de force et des répartitions relatives, plutôt que des représentations absolues de population.


Île Jésus, berceau des Labelle en Amérique

L’histoire de la Nouvelle-France débute véritablement avec la fondation de la ville de Québec par Samuel de Champlain en 1608. Sa population progresse très lentement car les administrateurs mandatés par le roi de France semblent plus intéressés par le commerce des fourrures que par le peuplement de la nouvelle colonie. Montréal, fondée en 1642, constitue un poste avancé pour la traite des fourrures. C’est le point de passage obligé pour les fourrures arrivant de l’intérieur du pays. C’est aussi le point où les navires océaniques doivent cesser leur progression à l’intérieur du continent à cause des rapides qui coupent la navigation sur le fleuve St-Laurent. Les nombreuses attaques des Iroquois contre la ville et ses villages voisins freinent le développement de la cité. Il faut attendre la Grande Paix, signée en 1701, pour voir ensuite se développer le rôle économique de Montréal.

L’Île Jésus, sise directement au nord de Montréal, n’est séparée de celle-ci que par la Rivière-des-Prairies. Au début nommée Île-de-Montmagny, l’île est concédée en seigneurie aux Révérends Pères Jésuites en 1636. Ces derniers délaissent leur seigneurie sans y faire aucun défrichement et sans y donner de concession de terres. En 1672 ils cèdent l’île à François Berthelot, conseiller et secrétaire du roi et de ses finances qui ne vint jamais en Amérique. Il échange l’île Jésus contre l’Île d’Orléans en 1675 à Mgr François de Laval alors évêque de Québec. Celui-ci fait construire sur sa nouvelle île un domaine seigneurial comprenant un manoir, un moulin à grain et des bâtiments de fermes. Il se défait à son tour de l’île au profit du Séminaire de Québec en 1680. Le premier habitant en titre de cette Île Jésus sera Guillaume Labelle en août 1677.

Celui-ci est arrivé au Canada, plus précisément à Montréal vers 1667 à l’âge de 18 ans. Nous avons la première preuve de son arrivée lorsque celui-ci est confirmé par Mgr de Laval le 11 mai 1668 à Montréal. À son mariage avec Anne Charbonneau à Montréal le 23 novembre 1671, il déclare être originaire de St-Éloi de Tontiut, aujourd’hui St-Benoit d’Hébertot, du canton de Lisieux, dans le Calvados en Normandie, France.

Après une tentative d’installation infructueuse à la Côte St-François, aujourd’hui le quartier Longue-Pointe à Montréal, Guillaume signe un contrat d’emploi le 29 octobre 1675 avec le Séminaire de Québec. Il devient métayer sur le domaine seigneurial de l’Île Jésus pour une période de 3 ans. Avec son beau-père Olivier Charbonneau, également signataire de l’entente, il s’installe donc dans l’Île Jésus. Il y demeurera jusqu’à la fin de ses jours. Le 13 août 1677 il obtient un lot de 60 arpents carrés près du manoir seigneurial (voir Carte 1). Cette terre de 20 arpents par 3 arpents est située dans la paroisse actuelle de St-François-de-Sales, face à la Rivière-des-Prairies, à l’extrémité est de l’île.

Au recensement de 1681 on rapporte l’existence de 4 familles résidant dans l’île dont celle de Guillaume Labelle et celle de son beau-père Olivier Charbonneau. Guillaume déclare avoir 3 enfants, 1 fusil, 2 bêtes à corne et 4 arpents de terre en culture. Il n’a donc pas chômé puisqu’il a défriché un arpent par année en moyenne depuis son installation dans l’île.

Carte #1 - Plan cadastral de St-François-de-Sales, Île Jésus.

(Source #65)

Guillaume devra s’absenter de l’Île Jésus de 1692 à 1702 environ à cause des attaques des Iroquois qui font plusieurs blessés, morts ou prisonniers. Il s’installe à la Côte de Beaupré, plus précisément à St-Joachim. Il est alors engagé par le Séminaire de Québec qui y possède une ferme. Il retourne sur sa terre de l’Île Jésus vers 1702, suite au traité de paix signé avec les Indiens.

Ses 6 fils vont à leur tour s’installer sur des terres de la paroisse de St-François-de-Sales. Et ainsi, à mesure que le territoire de l’île se développe, les Labelle, petits-fils et arrières-petits-fils de Guillaume s’installent presque tous sur des nouvelles terres données en concession dans l’Île Jésus. Ils se concentrent surtout le long des 2 rivières qui bordent l’île, soit la Rivière-des-Prairies et la Rivière-des-Mille-Îles, dans un mouvement d’est en ouest à partir de François-de-Sales.

En 1732, sur 91 fermes établies à l’Île Jésus, on en compte 7 appartenant à des Labelle. En 1749 on dénombre 438 concessions et les Labelle en possèdent 21. Aucun autre groupe de familles en possède autant. En 1781 les Labelle occupent 19 terres (2126 arpents dont 1066 en culture, 21 maisons et 20 granges). À la fin du régime seigneurial en 1658 on établit le cadastre moderne de l’île. On y compte alors 2062 terres ou terrains et il ne reste plus de terres disponibles. Les Labelle possèdent alors 70 terres dont 46 le long des 2 rivières mentionnées plus haut. Δλ


Tableau #1
Répartition des terres appartenant à des Labelle dans l’Île Jésus en 1858
Paroisses Régions Nb.de terres
St-François-de-Sales Rivière des Mille-Îles (côté Nord) 13
Ste-Rose Rivière des Mille-Îles (côté Sud) 19
  Petite-Côte 7
St-Vincent-de-Paul Rivière des Prairies (côté Sud) 14
  Chemin St-François (concession St-François) 3
St-Martin Rivière des Prairies (côté Sud) 2
  Rang St-Martin (concession St-François) 7
  Rang St-Elzéar 4
  Rang St-Antoine 1
TOTAL   70
(Source #647)

Encore aujourd’hui on rencontre de très nombreuses familles Labelle qui habitent l’Île Jésus (Laval), ce berceau des Labelle en Amérique. D’après le nombre d’abonnées téléphoniques, 5.5% des Labelle de par le monde habitent encore l’Île Jésus.


Tableau #2
Paroisses de l'Île Jésus. Fondations et premières traces des Labelle. Nombre d'événements impliquant des Labelle, par siècle.
Paroisses Dates de fondation Dates premier Labelle 1600-1699 1700-1799 1800-1899 1900-1999  Total 
Île Jésus NA NA 3 19 23 4 49
St-François-de-Sales 1702 1681 1 207 11 4 223
St-Vincent-de-Paul 1744 1744 0 123 151 27 301
Ste-Rose 1745 1725 0 87 210 119 416
St-Martin 1774 1776 0 14 88 19 121
Ste-Dorothée 1869 1881 0 0 1 8 9
St-Elzéar 1900 1901 0 0 0 14 14
Total     4 450 484 195 1133
(Sources #648-655)

 


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2018-12-15 Back         Page principale         Forward © Daniel Labelle